Perspectives

Haiti-Séisme : Avec le temps, l’espoir s’en va


jeudi 13 janvier 2011

Reportage

P-au-P., 13 janv. 2011 [AlterPresse] --- Les personnes déplacées vivant dans les camps spontanés, créés après le séisme du 12 Janvier 2010, expriment leur désespoir, un an après la catastrophe qui a fait 300.000 morts, autant de blessés et 1,5 millions de déplacés.

Les hommes et les femmes qui subsistent dans ces espaces situés dans la capitale et les zones périphériques comme Pétionville (est de Port-au-Prince) critiquent le fait que 12 mois après la catastrophe, aucun plan n’est annoncé pour les sortir de leur situation d’extrême vulnérabilité.

« Si cela dépend du gouvernement, nous ne sortirons jamais d’ici », a déclaré à AlterPresse Molèse Derolus, une jeune femme de 27 ans, qui vit depuis le 12 Janvier à Sainte Thérèse, un terrain de sport de Pétionville devenu camp de déplacés.

Dérolus, qui a dû interrompre ses études d’infirmière-auxiliaire, partage le désespoir de beaucoup de ses compatriotes qui cohabitent avec les mouches, les ordures, les eaux usées ; qui sont sans emploi et reçoivent peu d’assistance.

Elle fait remarquer que, malgré tout, le gouvernement « a dépensé beaucoup d’argent lors des dernières élections (législatives et présidentielles) qui n’ont abouti à rien ».

Les résultats de ces élections, tenues le 28 Novembre dernier, ont été dénoncés comme frauduleux par divers secteurs et ont été violemment rejetés par la population. Un rapport d’une mission de vérification de l’OEA doit être remis au président René Préval avant d’envisager la poursuite du processus.

« Nous ne voulions pas vivre ici. Nous voulons quitter le camp, quitter ce
terrain qui était un terrain de football ", confie Jean Sainfort Belhomme, 43 ans, un membre du comité du camp.

Père de 4 enfants, Belhomme était un conducteur de véhicule de transport en commun et vivait dans une maisonnette louée dans l’un des quartiers pauvres qui entourent Pétionville. A présent, comme la majorité des déplacés, il est confronté au chômage et ne peut entreprendre aucune activité économique en raison du manque de ressources lié au fait d’avoir tout perdu dans le tremblement de terre.

C’est aussi le cas de Marie Jean, 62 ans, qui vivait à Delmas 33 (secteur nord de la capitale) où elle tenait une épicerie, complètement détruite.

« Mes enfants ont tout organisé pour m’amener ici, parce que je n’ai aucun endroit pour vivre », dit-elle. Parmi ses principaux problèmes, l’insatisfaction des besoins de base. Depuis plusieurs mois, l’aide humanitaire est suspendue.

« Avant, ils nous donnaient quelque chose pour préparer la nourriture, mais maintenant
on ne reçoit plus rien », et « nous nous débrouillons grâce a des crédits spéculatifs
(ponya) pour vivre », explique t-elle.

« Quel espoir peut-on avoir dans cette situation », s’interroge- t-elle. Se disant consciente qu’elle ne peut passer le reste de sa vie à vivre « sous les tentes » elle affirme qu’elle cherche des ressources pour pouvoir quitter le camp.

Compte tenu des conditions de vie dans le camp : « Je ne suis protégée que par Dieu », indique Christella Marcelin, 23 ans, qui se dit fatiguée de vivre dans les conditions insalubres qui prévalent dans le camp où elle est arrivée après avoir perdu une sœur « sous les décombres dans le centre de Port-au-Prince. »

« Je mange mal, je bois mal, je vis dans la misère sous le soleil pendant la journée et dans le froid durant la nuit », s’indigne-t-elle. « Parfois, nous prenons une soupe comme unique repas de la journée et d’autres fois nous passons toute une journée et la nuit suivante sans rien avaler ».

Elle rapporte que le petit commerce qu’elle a essayé de mettre sur pied dans le camp n’a pas fonctionné et n’arrive pas à répondre à ses besoins de base alors que son mari est au chômage. « Je cherche un emploi, mais je n’ai rien trouvé. Il n’y a pas d’emploi. »

Molèse Derolus, critique pour sa part le gouvernement qui n’a pas pris toutes les mesures pour tenter de « stopper la hausse des prix des produits base comme le riz, dont le prix a triplé. »

Quant au « Cash for Work » introduit par diverses organisations non gouvernementales, il fonctionne sur la base du « favoritisme », selon certains habitants des camps.

Paolo Guerrier, 35 ans, a déclaré qu ’« ils font travailler leurs proches et oublient les autres. »

En outre, les plans que le gouvernement pourrait avoir sont perçus comme de la fiction et assimilés à « des châteaux en Espagne », comme le souligne Guerrier. « Ils ne font que parler », se plaint-il.

Les déplacés de Sainte Thérèse signalent plusieurs initiatives des organisations humanitaires qui enquêtent sur la situation et font le recensement des camps, mais cela n’amène à « aucun résultat concret. »

Vital Paulette, 48 ans, mère de 7 enfants, souhaiterait beaucoup bénéficier d’un abri transitoire, mais ignore comment faire pour l’obtenir.

Elle a souffert de la fièvre typhoïde et du paludisme dans le camp, alors que certains de ses enfants ont préféré rester dans "leur maison endommagée (dans les environs de
Pétionville), qui peut s’effondrer à tout moment. »

Quant au choléra, qui a tué plus de 3700 personnes sur tout le territoire, elle affecte beaucoup les personnes déplacées. Jean Sainfort Belhomme cite l’exemple d’une famille de 7 personnes qui partagent une tente et qui ont toutes été infectées.

« De temps en temps on trouve des cas, et les véhicules de la Croix-Rouge viennent les chercher », ajoute-t-il.

« Jour du Souvenir », le 12 Janvier est « inoubliable » pour les personnes déplacées.
Derolus indique que son espoir est que Dieu a un « rêve » pour elle, car, selon elle, si non, elle serait morte lors du séisme.

Cependant pour Belhomme les personnes déplacées ne pourraient avoir de l’espoir que s’il y avait « de bons dirigeants » à la tête du pays, mais ces derniers n’apportent que « désespoir ». [rh kft gp apr 13/01/2011 12 :00]

Ralph Henry, Gotson Pierre et Francesca Théosmy