HaitiWebdo

HaitiWebdo, Numero 59


jeudi 1er janvier 2004

Tout est déjà en place pour les festivités officielles du bicentenaire de
l’indépendance d’Haïti. Parallèlement à ces " célébrations " aux enjeux
considérables pour Jean Bertrand Aristide, les secteurs d’opposition prépare
une " alternative " au régime lavalas.


Dans le cadre du forum multimédia AyitiAlternative2004 www.aa2004.org, le Groupe Médialternatif annonce que les programmes radio et télévision du forum
seront inaugurées ce premier janvier avec une émission sur le thème « Haïti
2004 : l’histoire, l’avenir ».

Dans le cadre de cette émission d’une heure, qui sera diffusée par Télé-Haiti, Radio Kiskeya et Radio Caraibes, les regards d’historien du professeur Pierre Buteau et de sociologue de la féministe Danièle Magloire se croisent pour mettre en lumière des enjeux de notre passé, présent et avenir.


BICENTENAIRE EN TEMPS DE CRISE

Par Vario Sérant

Le décor est planté. Un Palais Présidentiel auréolé de lumières. En face, une estrade
impressionnante devant accueillir les personnalités invitées. A quelques
mètres plus loin, un monument en forme de tour métallique symbolisant les
deux cents ans d’indépendance d’Haïti. Tout aux alentours, des badauds.

Sur la place d’armes des Gonaïves, ville ou fut proclamée l’indépendance du
pays le 1er janvier 1804, les préparatifs vont également bon train, mais
dans une atmosphère plus austère.

Une ceinture de sécurité a été formée à l’aide de containers autour des
lieux de célébration et du quartier de Raboteau, bastion de la mobilisation
anti-gouvernementale.

A vingt-quatre heures des festivités officielles du bicentenaire, les
manifestations en cascade pour réclamer la démission de Jean Bertrand
Aristide, considéré comme hors la loi par la société civile et l’opposition,
volaient grandement la vedette à ces commémorations.

En guise de célébration, les étudiants de l’université d’Etat d’Haïti
ont organisé à Port-au-Prince un spectacle engagé le 31 décembre et prendront part aux cotés des autres secteurs de la société à une manifestation anti-Aristide ce 1er janvier, jour du bicentenaire.

Enjeux du bicentenaire pour Jean Bertrand Aristide

Pour Jean Bertrand Aristide qui domine la scène politique haïtienne depuis
tantôt treize ans, le 1er janvier 2004 a tout d’abord valeur de
consécration. Il passera dans l’histoire comme le président qui aura
commémoré quatre bicentenaires.

Celui de la mort du précurseur de l’indépendance, Toussaint Louverture,
celui de la création du drapeau, celui de Vertières, la bataille décisive
pour l’indépendance et enfin celui de la proclamation de celle-ci.

Selon le gouvernement haïtien, les festivités des deux cents ans
d’indépendance d’Haïti devraient pouvoir être suivies en direct par les
télespectateurs de nombreux pays. Une fenêtre inespérée pour un chef d’Etat
dont l’image nationale et internationale est au plus bas en raison de ses
pratiques dictatoriales et les nombreux excès de ses partisans.

Presque tous les secteurs vitaux du pays se démarquent des cérémonies
officielles du bicentenaire, estimant que le régime ne cherche qu’à 
légitimer un pouvoir usurpé et reconnu aujourd’hui comme despotique et
totalitaire.

Une alternative à lavalas en préparation

Alors que les autorités haïtiennes concentrent leur énergie sur les
cérémonies du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, l’opposition et la
société civile planchent sur une alternative au régime lavalas.

Une commission technique de six membres a déjà été élue à cet effet au
niveau d’une plateforme regroupant des organisations de la société civile et
des partis de l’opposition.

En attendant le vote en assemblée de certains points en discussion, un
consensus a été dégagé, nous dit un membre de la commission, sur la
proposition d’alternative qui consisterait en la désignation d’un juge de la
Cour de Cassation comme président provisoire, d’un premier ministre et d’une
commission de contrôle de l’Exécutif.

Cette équipe de transition aurait entre autres pour mission de créer un
climat de sécurité propice à la tenue d’élections générales dans le pays.

Lors d’une visite dans la banlieue sud de Port-au-Prince le 25 décembre
dernier, le président Jean Bertrand Aristide avait réaffirmé sa
détermination à achever son mandat constitutionnel de cinq ans.