Haiti-Republique
Dominicaine : Migration et Medias
Port-au-Prince,
30 Mai - 3 Juin
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Haïti et la République Dominicaine se partagent l'île d'Hispaniola dans la mer des Caraïbes. La partie occidentale est occupée par Haïti sur une superficie de 27.750 km2 et la partie orientale par la République Dominicaine sur 48.442 km2.
Les deux pays sont tous deux liés par l'Histoire, l'île ayant été tour a tour colonisée, depuis le 15ème, siècle par les puissances européennes, notamment l'Espagne et la France. C'est d'ailleurs le partage du territoire entre la France et l'Espagne qui est a l'origine de l'évolution de deux États distincts des deux cotés de l'île, donnant un profil culturel particulier a chacun des deux peuples.
Sans entrer dans les détails, on peut souligner que les deux peuples ne parlent pas la même langue. Les langues utilisées en Haïti sont le Français et le Créole, tandis que les Dominicains parlent l'Espagnol.
L'histoire contemporaine des deux pays est aussi marquée, au cours de la première moitié du 20ème siècle, par l'occupation des États-Unis, puissance mondiale qui considère toute la Caraïbe comme son arrière court. Et, durant des décennies, l'impérialisme américain a soutenu des dictatures sanglantes des deux cotés de la frontière.
A travers l'histoire, malgré l'établissement, ces dernières années, d'une passerelle de dialogue, des cycles répétés de tension ont gêné les rapports officiels entre Haïti et la République Dominicaine, prenant parfois une tournure tragique. En Haïti, on se rappelle sans cesse le massacre en République Dominicaine de milliers d'Haïtiens en 1937 sous le régime du dictateur Trujillo. Tandis que, les Dominicains n'oublient jamais les abus du gouvernement de Jean Pierre Boyer, lorsqu' Haïti occupa la République voisine durant 22 ans, au cours de la première moitié du 19ème siècle.
Cependant, l'histoire des rapports entre les peuples dominicains et haïtiens est une histoire de solidarité. Les Dominicains se souviennent encore de l'apport de plusieurs militants haïtiens a la lutte armée contre la deuxième occupation américaine de la république voisine, dans les années 60. De même, l'aide des dominicains dans la lutte contre le coup d'état militaire de septembre 1991 est indéniable. A titre
d'exemple, Radio Enriquillo, située près de la frontière, prit directement part au combat contre la désinformation putschiste.
En outre, les communautés proches de la frontière maintiennent des relations de bon voisinage et des rapports d'échanges très soutenus.
Question migratoire
Depuis la fin des années 20, la question migratoire a toujours servi de pomme de discorde dans les relations entre Haïti et la République Dominicaine. C'est a cette époque qu'a commencé la forte migration haïtienne vers le pays voisin, a un moment ou la culture de la canne-à-sucre connaissait une expansion considérable, grâce aux investissements américains. Le sucre se vendait bien.
Plus tard, en 1967, le premier contrat d'embauchage sera signé entre le dictateur Francois Duvalier et le président Joaquim Balaguer, héritier politique de Trujillo. Au moins 20.000 Haïtiens partiront alors annuellement et officiellement vers les champs de canne-à-sucre dominicains.
Bien que ce contrat ait été supprimé au début des années 90, la pratique n'a pas changé. Les Haïtiens traversent en masse la frontière, le plus souvent illégalement, pour être embauchés soit dans des champs de canne-à-sucre et café, soit sur des chantiers de construction.
De leur côté, beaucoup moins nombreux, les Dominicains viennent en Haïti ou ils sont très présents dans le secteur de la coiffure, des soins esthétiques et comme travailleuses sexuelles.
Étant donné le plus grand développement infra-structurel de la République Dominicaine, celle-ci constitue un pôle d'attraction irrésistible pour les travailleurs Haïtiens. Comme conséquence, le nombre des immigrants haïtiens en terre voisine, n'est en rien comparable a la quantité de Dominicains (autour de 8.000) qui entreprennent la route inverse.
Les conditions de vie des travailleurs haïtiens dans les bateys dominicains sont comparables a une situation d'esclavage. Souvent illégaux, Ils sont victimes des pires abus et des pratiques discriminatoires. Cette situation se traduit souvent par des vagues successives de déportations a des époques cruciales de la vie politique et économique dominicaine.
Ces vagues de déportations sont toujours accompagnées de campagne médiatique dont souffre énormément l'image d'Haïti. Des clichés traditionnels, entretenus par d'importants intérêts économiques et politiques, présentent l'Haïtien comme inférieur au Dominicain.
Créer un espace de débats et de réflexions autour des pratiques médiatiques haïtiennes et dominicaines vis-à-vis de la question migratoire: telle est la démarche qui sous-tend l'initiative de ce séminaire. Plus précisément, il s'agit d'offrir un cadre de témoignages et réflexions, tendant a promouvoir un ensemble d'approches d'ouverture médiatique vis-à-vis des migrant-e-s des deux cotés de la frontière, et reflétant mieux les réalités et les valeurs des deux peuples.
Les objectifs spécifiques du séminaire sont les suivants :
Appréhender l'évolution des médias haïtiens et dominicains dans les contextes politico-économiques nationaux, régionaux et globaux.
Étudier la représentation faite aux migrantes et migrants haïtiens et dominicains a travers les médias des deux pays, en tant que sujets et figures d'actualité.
Examiner le rôle des médias dominicains et haïtiens en rapport avec la problématique migratoire.
Inventorier des voies et moyens alternatifs pour une évolution positive des rapports des migrants avec les médias.
Gotson PIERRE
Responsable Section Communication CRAD
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