haitipresidentielles2000
Par Gotson Pierre
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Conjoncture post-electorale : "jeu de coquins et besoin de sang neuf"

D'après une interview avec Serge Bordenave, Coordonnateur de la Plate-Forme des Organismes Haïtiens de Défense des Droits Humains (POHDH)

Propos recueillis par Gotson Pierre, novembre 2000


La POHDH n'avait pas pris part a une observation ouverte des élections du 26 novembre comme cela a été le cas pour celles du 21 mai et du 9 juillet. "l'absence de véritables compétitions lors du dernier scrutin avait motivé notre choix de ne pas observer ouvertement les opérations", explique Serge Bordenave, Coordonnateur de la Plate-Forme des Organismes Haïtiens de Défense des Droits Humains (POHDH).

En outre, "nous n'avons pas obtenu les moyens d'une observation régulière. Les autorités électorales n'etaient pas disposées a nous les fournir".

Le Coordonnateur de la POHDH rappelle aussi que la période électorale était marquée par une atmosphère de violence résultant de "guerres de clans pour le pouvoir", tandis que les droits politiques sont systématiquement "violés". Exemple, le droit de réunion: "un elu lavalas dans la commune de Randel, au sud du pays, s'attribue le droit de prendre part a toutes les réunions organisées dans cette commune et d'enregistrer les propos qui y sont tenus. Il dit recevoir des ordres en ce sens du palais national. Pourtant la constitution haïtienne et les lois internationales proclament le droit inaliénable de réunion et d'association."

Chiffres exagérés

Le jour des élections, nous avons visité 16 Bureaux de Vote (BV), indique Serge Bordenave. Dans les zones résidentielles non populeuses, "il n'y avait pas d'affluence de votants". Mais dans les quartiers populaires tels que Carrefour-Feuilles, Bel-Air et d'autres quartiers en périphérie de Port-au-Prince, "il y avait un certain nombre de votants".

"Nous ne voulons pas entrer dans une guerre de pourcentages, mais nous pensons, d'après ce que nous avons vu, que le CEP exagère en publiant le pourcentage de 60,5% de participation. Il en est de même de ceux qui parlent de moins de 5% de participation. Ces chiffres ne correspondent pas a la réalité".

A propos de la nécessité et de la possibilité de vérification, le fait que les chiffres ne soient pas disponibles pour tout le monde dans le cadre d'une opération transparente constitue "un accroc".

Par ailleurs "je ne veux pas faire la comparaison entre la participation aux élections du 21 mai et celle enregistrée lors du scrutin du 26 novembre. Il s'agit de deux situations différentes: Il n'y avait pas la même quantité de postes a pourvoir. Il était plus facile de voter le 26 novembre que le 21 mai".

Enfin, "la situation de violence qui a précédé les élections est certainement un facteur a prendre en compte dans l'attitude d'une grande partie de la population qui n'a pas mis le nez dehors".

Entre l'opposition et Fanmi Lavalas

Interrogé sur l'appel au dialogue lancé par le président élu Jean-Bertrand Aristide et l'attitude de secteurs d'opposition refusant la passerelle offerte par Aristide, Bordenave a repondu: "certains responsables de l'opposition ne semblent pas en quete d'une veritable solution a la situation actuelle. Au lieu de chercher a eteindre l'incendie, ils jettent de l'huile sur le feu".

A propos de la volonté exprimée par la convergence d'établir un gouvernement provisoire au départ de Préval le 7 Février prochain: "Emmener la couleuvre a l'école, est une chose, la faire s'asseoir en est une autre (proverbe créole haïtien traduit littéralement). Les responsables de l'opposition doivent faire leur introspection et nous dire s'ils ont les moyens de leur politique".

En même temps "je comprends mal la position du président Arsitide qui ne demande le dialogue que seulement maintenant. Sur quoi va-t-on dialoguer?"

Pourtant, avec les multiples missions de l'Organisation des États Américains (OEA), il y avait "une chance de s'asseoir ensemble et de dialoguer entre Haïtiens en vue de trouver une solution".

La réussite d'un dialogue "implique que chaque acteur laisse de coté ses intérêts mesquins…qualité très rare chez nos leaders". Ce qui prime ce sont "les intérêts de leurs partis, de leurs clans, de leurs amis…".
Jeu de coquins

Dans les rondes de négociations entre secteurs politiques dans le present contexte, qu'est-ce qui se discute généralement et dans l'intérêt de qui? se demande Serge Bordenave. "Est-ce que les intérêts du peuple au nom duquel on prend la parole, les interets du peuple qu'on dit représenter sont mis en avant et défendus? Dans les négociations passées, il a souvent été question de distribution de postes… un jeu de coquins ou le plus malin tire son épingle du jeu".

"Le grand perdant dans cette situation c'est le peuple haïtien".

Sang neuf

L'enseignement de ces élections est que "le peuple haïtien a mûri". Le Coordonnateur de la POHDH pense que les dirigeants et responsables politiques de tous bords ont plongé le peuple dans "une véritable confusion".

"Je ne crois pas que l'attitude de la population lors des récentes élections soit une réponse au mot d'ordre de boycott lancé par l'opposition. Le peuple est peut-être déçu de voir ses attentes non comblées par Lavalas en matière de justice, transparence et participation. Il est dans l'expectative et indécis".

"Nous sommes a un carrefour ou le pays a besoin de sang neuf".

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