Forum sur
« 10 ans de lInternet en Haïti : bilan et
perspectives »
Initiative
du Groupe Médialternatif en partenariat avec le
REHRED
Haiti / Internet :
Avancées et insatisfactions après 10 ans
d'expérimentation
Un important débat entre autorités
étatiques et différents acteurs des
Techonologies de l'Information et de la
Communication (TICs) s'est tenu à Port-au-Prince
le 22 mars à l'Initiative du Groupe
Médialternatif et du Réseau Télématique
Haïtien pour la Recherche et le Développement
(REHRED) dans le cadre d'un forum bilan sur les
10 ans de l'Internet en Haïti.
Des questions liées à la politique, la
réglementation et l'environnement technologique
haïtien ont été abordées dans cet échange
auquel ont pris part le secrétaire d'État aux
Télécommunications, Jaunasse Élysée, le
Directeur du Conseil National des
Télécommunications (CONATEL), Jean Michel
Boisrond, le Coordonnateur du REHRED, Schiller
Jean Baptiste et le Président du Centre d'Appui
aux Initiatives de Technologie de l'Information
(CAITI), Guyverson Vernous.
Élysée a
indiqué que l'État haïtien travaille
actuellement à la mise en place d'un cadre
global et d'un schéma directeur en vue du
développement des TICs en Haïti. Le pays s'est
engagé par rapport à un plan d'action
international et des avancées ont été
enregistrées par rapport à l'intégration
d'Haïti dans la société de l'information,
a-t-il ajouté.
De son coté, Jean Michel Boisrond a souligné
l'inadéquation de la législation haïtienne
vis-à-vis de la situation actuelle en matière
de télécommunications et a annoncé un ensemble
de dispositions et projets relatifs au paysage
communicationnel d'Haïti.
« Les failles au
niveau de la législation (qui date de 1987)
n'empêchent pas une saine gestion » des
télécommunications, a soutenu Boisrond,
soulignant des dispositions prises pour
contrôler les opérations, « dynamiser » le
secteur et encourager « la compétition ».
Il a fait part d'un projet étatique de 20
millions de dollars visant à rendre Internet
disponible dans les 135 communes d'Haïti ainsi
que des démarches pour favoriser l'accès du
pays à une large bande passante.
Certaines dispositions, telles que celles visant
au contrôle des cybercafés, à l'extension et
l'augmentation de la fiscalité, ont soulevé la
controverse au sein de l'assistance. Des
intervenants ont fait part de leur crainte que le
consommateur final soit pénalisé. Tout en
reconnaissant la necessité d'un développement
harmonieux, ils ont exprimé leur appréhension
que des mesures indiscriminées nuisent aux
perspectives d'accès universel de la population
aux TICs.
A propos de
l'environnement technologique haïtien, Schiller
Jean Baptiste a relevé que « les questions
superstructurelles n'ont pas beaucoup évolué
», que la gestion de l'infrastructure est «
inadaptée », malgré les progrès enregistrés
dans ce secteur où un nombre important
d'opérateurs est entré sur le marché.
Guyverson Vernous a mis l'accent sur le fossé
numérique qui affecte Haiti, où, suivant les
données internationales, on compte moins de 10
utilisateurs sur 1000 habitants. La présence web
du gouvernement est quasi nulle, a-t-il
souligné.
Les politiques
visant à combler le fossé numérique doivent
être bien réfléchies, a cependant mis en garde
Vernous. Il faudrait veiller a ne pas « élargir
le fossé économique » (par un déséquilibre
plus important de la balance des paiements) en
essayant de rendre disponible les outils des
TICs.
Vernous a préconisé la mise en place d'une
structure légale qui s'occupe des grands enjeux
en matière de TICs, sur la base d'un plan global
défini. Il a aussi encouragé des mesures pour
assurer la visibilité web d'Haïti et une
meilleure gestion du domaine .ht.
A propos du domaine .ht, on a appris que la
compagnie Yahoo ainsi que d'autres grandes
entreprises multinationales ont déjà
enregistré « leur .ht ».
Beaucoup de
questions ont été soulevées parmi les
participants à ce forum qui ont exprimé leur
insatisfaction vis-à-vis de l'évolution
d'Internet en Haïti. Pourquoi a-t-il fallu 7 ans
avant que le domaine .ht soit une réalité,
s'est-on interrogé. Pourquoi pas de subventions
étatiques en vue d'équiper les écoles,
s'est-on demandé.
Les participants ont admis qu'en dépit de
nombreuses carences, le développement d'Internet
a eu un impact positif sur toutes les couches de
la population haïtienne. Il faudrait étudier
les incidences positives de l'Internet sur
l'augmentation des transferts de l'étranger vers
Haïti, a lancé un participant.
Haiti / Internet :
« Le bilan n'est pas si mitigé que ça »
« Le bilan n'est
pas si mitigé que ça », ont conclu des
intervenants et participants au forum bilan sur
les 10 ans de l'Internet en Haiti, tenu à
Port-au-Prince les 22 et 23 mars, à l'occasion
de la 4ème édition de la Fête de l'Internet en
Haiti.
Lors de la deuxième journée de ce forum,
organisé par le Groupe Médialternatif en
partenariat avec le Réseau Télématique
Haïtien pour la Recherche et le Développement
(REHRED), les échanges ont porté sur «
Services et applications liés aux TICs en Haiti
» et « Utilisateurs et usages des TICs ». Ils
ont bénéficié de l'apport de spécialistes
tels que Patrick Attié, vice-recteur de l'École
Supérieure d'Infotronic d'Haiti (ESIH),
Stéphane Bruno et Sheila Laplanche du Projet
d'Accompagnement d'Haïti dans la Société de
l'Information (AHSI) et Fritzie Leroy du Centre
d'Accès à l'Internet de l'Agence Universitaire
de la Francophonie.
« On est très
loin derrière » en matière de TIC, mais Haïti
a des potentiels considérables, selon Patrick
Attié, qui dresse un tableau des faiblesses et
des forces du pays en ce qui concerne le
développement technologique. A coté de la
situation socio-économique difficile et les
irrégularités administratives qui ne favorisent
pas le progrès technologique, Attié souligne
que Haïti est essentiellement consommateur de
produits technologiques et n'assure pas la
formation adéquate de ressources capables
d'intervenir dans les domaines de la haute
technologie.
Cependant, Attié n'écarte pas que Haïti peut
devenir un acteur important sur les marchés de
haute technologie, si le pays se montre « plus
agressif et moins complexé », s'il fait place
à l'innovation et s'il arrête de considérer
les créneaux courants et se positionne en vue «
des combats de l'avenir ».
Parmi les potentiels favorables à une telle
évolution, il y a la tradition de culture orale
et visuelle de la société haïtienne, son «
contexte typique de pays émergent », le
dynamisme du secteur universitaire, l'évolution
rapide de la connectivité et des possibilités
de financement international. Le professeur
invite à « travailler sur l'intelligence » et
à mettre au point de « nouveaux savoir-faire
qu'on peut vendre sur le marché international
».
A propos de
savoir-faire vendable à l'extérieur, Stephane
Bruno indique que l'expertise haïtienne en
matière de gestion de nom de domaine est très
sollicitée au niveau des pays africains. Ils
souhaitent bénéficier de l'expérience de
l'administration du domaine .ht qui a déjà
rapporté à Haïti plusieurs dizaines de
milliers de dollars.
L'Expert National du Projet AHSI a cependant
souligné un faible développement du commerce
électronique en Haïti, à cause de l'absence
d'une plate-forme de commerce électronique
locale. Ces services se cantonnent presque
essentiellement au niveau du secteur bancaire.
Au niveau de l'administration publique, aucun
exemple de service en ligne n'est noté.
Pourtant, selon Stéphane Bruno, l'administration
électronique pourrait favoriser une
amélioration des prestations de l'État.
L'action gouvernementale pourrait avoir un effet
d'entraînement par rapport à tous les secteurs
de la société.
En ce qui concerne l'utilisation des logiciels,
Stéphane Bruno croit qu'il y a une « petite
évolution » en Haïti, où les logiciels libres
(pour lesquels on ne paie pas de licence
d'exploitation) commencent à être prisés. Ces
programmes informatiques « favorables aux pays
en développement » devraient permettre aux
Haïtiens de « mieux se positionner ».
Sur le plan des
utilisateurs et des usages, à l'origine, le
courrier électronique représente le « moteur
» du développement de l'Internet en Haïti,
constate Sheila Laplanche. Plus tard,
ajoute-t-elle, satisfaisant à des besoins
individuels, la téléphonie transforme
l'Internet haïtien en un « fait ».
Selon Laplanche, de plus en plus, les écoles
tendent à s'équiper en matériel informatique.
Pourquoi s'interroge-t-elle, en indiquant que
l'informatique dans les établissements
d'enseignement élément est plutôt
majoritairement considérée comme un «
élément de différenciation » qui assure une
bonne place dans la compétition.
Dans le commerce, ce sont surtout les entreprises
du secteur touristique qui font un usage plus
dynamique jusqu'à présent de l'Internet dans
leurs activités quotidiennes, relève la
spécialiste. Les réservations d'hôtel par
Internet sont de plus en plus courantes,
précise-t-elle.
Dans l'administration publique, poursuit
Laplanche, on assiste à un nouveau phénomène
où les procédures de correspondance se
transforment avec l'introduction du courrier
électronique. La correspondance électronique,
qui bouscule dans de nombreux cas les normes de
la communication dans le secteur public, impose
de nouvelles règles qui doivent être mises en
place pour l'archivage des correspondances.
Des changements s'opèrent dans le comportement
de l'Haitien avec l'utilisation d'Internet, note
Sheila Laplanche, tandis que des défis pointent
à l'horizon, par exemple la maîtrise du temps,
car l'Internet a réduit considérablement les
délais. Elle met l'emphase sur le travail
collaboratif qui se développe à travers
l'Internet en Haiti en vue de l'innovation.
D'autre part, des « bouleversements » se
produisent au niveau des rapports
professeur/élève « sans qu'on s'en rende
compte », indique l'experte. Un élève qui
consulte Internet n'est plus un enfant passif
attendant que son professeur lui apporte toutes
les données, souligne Laplanche. Dans ces
circonstances, le professeur se doit de revoir
son rôle, ajoute-t-elle.
A partir de
l'expérience du Campus Numérique à
Port-au-Prince, Fritzie Leroy observe que les
jeunes manifestent un besoin de formation et
d'information mais sont très peu au courant des
sources spécialisées disponibles sur Internet.
Pour répondre à ce besoin, le Campus a
préparé un guide informatif de sites pertinents
en matière d'enseignement supérieur. Un
ensemble de supports est également disponible,
constitué de cours et de documents rares
numérisés. « La formation à distance se
développe », indique Fritzie Leroy.
Mais ces efforts ne représentent pas l'attitude
générale vis-à-vis des TICs et « Internet est
comme un gâteau dont les Haitiens mangent
seulement le sucre », estime Leroy. « Nous
devons changer notre manière de consommer
Internet et développer une vision commune »,
conclut-elle.
Le forum s'est
tenu a la salle polyvalente de la Fondation
Connaissance et Liberté (FOKAL)
Compte-rendu :
Gotson Pierre
Photos :
Ladenson Fleurival