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Interviews avec Guy Antoine
(New Jersey) - Créateur de Windows
on Haiti, site de
référence sur la culture haïtienne par
Marie Lebert - http://www.etudes-francaises.net/
Entretien du 22
novembre 1999 - Entretien original en anglais
(Plus
bas, l'entretien du 29/06/2001)
Pouvez-vous
décrire Windows on Haiti ?
A
la fin davril 1998, jai créé un
site internet dont le concept est simple mais
dont le but est ambitieux : dune part
être une source dinformation majeure sur
la culture haïtienne, dautre part contrer
les images continuellement négatives que les
médias traditionnels donnent d'Haïti. Je
voulais aussi montrer la diversité de la culture
haïtienne dans des domaines tels que l'art,
lhistoire, la cuisine, la musique, la
littérature et les souvenirs de la vie
traditionnelle. Le site dispose d'un livre
dor regroupant les témoignages personnels
des visiteurs sur leurs liens avec Haïti. Pour
résumer, il ouvre de nouvelles
"fenêtres" sur la culture haïtienne.
Quelle
est exactement votre activité ?
Depuis
vingt ans, mon activité professionnelle a trait
à l'informatique : conception de systèmes,
programmation, gestion de réseaux, localisation
de pannes, assemblage de PC et conception de
sites web. De plus, depuis que j'ai ouvert mon
site, il est devenu du jour au lendemain un lieu
de rassemblement de divers groupes et individus
intéressés par la culture haïtienne, ce qui
m'amène à effectuer des tâches
quasi-professionnelles consistant à regrouper
les informations, écrire des commentaires,
rédiger des textes et diffuser la culture
haïtienne.
Dans
quelle mesure l'internet a-t-il changé cette
activité ?
L'internet
a considérablement changé à la fois mon
activité professionnelle et ma vie personnelle.
Etant donné le flux constant
dinformations, je dors beaucoup moins
quavant. Le principal changement réside
dans la multiplicité de mes contacts avec les
milieux culturels, universitaires et
journalistiques, et avec des gens de toutes
origines dans le monde entier. Grâce à quoi je
suis maintenant bien plus au fait des ressources
professionnelles existant de par le monde dans ce
domaine, et du réel engouement suscité à
léchelon international par Haïti, sa
culture, sa religion, sa politique et sa
littérature. A titre personnel, jai
également davantage damis du fait de mes
activités liées à l'internet.
Comment
voyez-vous l'avenir ?
Je
vois mon avenir professionnel dans le
prolongement de ce que je fais à lheure
actuelle : utiliser la technologie pour
accroître les échanges interculturels.
Jespère massocier avec les bonnes
personnes pour, au-delà de Haïti, avancer vers
un idéal de fraternité dans notre monde.
Que
pensez-vous des débats liés au respect du droit
dauteur sur le web ?
Ce
sera un débat sans fin, parce que
linformation devient plus omniprésente que
lair et plus fluide que leau. On peut
maintenant acheter la vidéo dun film sorti
la semaine précédente. Bientôt on pourra
regarder sur le net, et à leur insu, des scènes
de la vie privée des gens. Il est consternant de
voir qu'il existe tant de personnes disposées à
faire ces vidéos bénévolement, comme sil
agissait d'un rite dinitiation. Cet état
desprit continuera de peser de plus en plus
lourdement sur les questions de copyright et de
propriété intellectuelle.
Les
auteurs devront être beaucoup plus inventifs sur
les moyens de contrôler la diffusion de leurs
uvres et den tirer des gains. Le
mieux à faire dès à présent est de
développer les normes de base du
professionnalisme, et dinsister sur la
nécessité impérative de mentionner pour toute
oeuvre citée au minimum sa provenance et ses
auteurs. La technologie devra évoluer pour
appuyer un processus permettant de respecter le
droit dauteur.
Comment
voyez-vous l'évolution vers un internet
multilingue ?
Très
positivement. Pour des raisons pratiques,
langlais continuera à dominer le web. Je
ne pense pas que ce soit une mauvaise chose, en
dépit des sentiments régionalistes qui s'y
opposent, parce que nous avons besoin d'une
langue commune permettant de favoriser les
communications à léchelon international.
Ceci dit, je ne partage pas lidée
pessimiste selon laquelle les autres langues
nont plus quà se soumettre à la
langue dominante. Au contraire. Tout d'abord
l'internet peut héberger des informations utiles
sur les langues minoritaires, qui seraient
autrement amenées à disparaître sans laisser
de trace. De plus, à mon avis, l'internet incite
les gens à apprendre les langues associées aux
cultures qui les intéressent. Ces personnes
réalisent rapidement que la langue dun
peuple est un élément fondamental de sa
culture.
De
ce fait, je nai pas grande confiance dans
les outils de traduction automatique qui,
sils traduisent les mots et les
expressions, ne peuvent guère traduire
lâme dun peuple. Que sont les
Haïtiens, par exemple, sans le kreyòl (créole
pour les non initiés), une langue qui sest
développée et qui a permis de souder entre
elles diverses tribus africaines transplantées
à Haïti pendant la période de
lesclavage ? Cette langue représente
de manière la plus palpable lunité de
notre peuple. Elle est toutefois principalement
une langue parlée et non écrite. A mon avis, le
web va changer cet état de fait plus
quaucun autre moyen traditionnel de
diffusion dune langue.
Dans
Windows on Haiti, la langue principale est
langlais, mais on y trouve tout aussi bien
un forum de discussion animé conduit en kreyòl.
Il existe aussi des documents sur Haïti en
français et dans lancien créole colonial,
et je suis prêt à publier dautres
documents en espagnol et dans diverses langues.
Je ne propose pas de traductions, mais le
multilinguisme est effectif sur ce site, et je
pense quil deviendra de plus en plus la
norme sur le web.
Quel
est votre meilleur souvenir lié à
l'internet ?
Certaines
personnes. Le web est un réseau de serveurs et
dordinateurs personnels reliés les uns aux
autres. Derrière chaque clavier se trouve une
personne, un individu. L'internet ma donné
loccasion de tester mes idées et den
développer dautres. Le plus important pour
moi a été de forger des amitiés personnelles
avec des gens éloignés géographiquement et
ensuite de les rencontrer.
Et
votre pire souvenir ?
Certaines
personnes. Je ne souhaite pas métendre sur
ce sujet, mais certains ont vraiment le don de
vous énerver.
Entretien du 29
juin 2001
(entretien
original en anglais)
Quoi
de neuf depuis notre dernier entretien ?
Depuis
notre dernier entretien, j'ai été nommé
directeur des communications et des relations
stratégiques de Mason
Integrated Technologies, une
société qui a pour principal objectif de créer
des outils permettant la communication et
l'accessibilité des documents créés dans des
langues minoritaires. Etant donné l'expérience
de l'équipe en la matière, nous travaillons
d'abord sur le créole haïtien (kreyòl), qui
est la seule langue nationale d'Haïti, et l'une
des deux langues officielles, l'autre étant le
français. Cette langue ne peut guère être
considérée comme une langue minoritaire dans
les Caraïbes puisqu'elle est parlée par huit à
dix millions de personnes.
Outre
ces responsabilités, j'ai fait de la promotion
du kreyòl une cause personnelle, puisque cette
langue est le principal lien unissant tous les
Haïtiens, malgré l'attitude dédaigneuse d'une
petite élite haïtienne - à l'influence
disproportionnée - vis-à-vis de l'adoption de
normes pour l'écriture du kreyòl et le soutien
de la publication de livres et d'informations
officielles dans cette langue. A titre d'exemple,
il y avait récemment dans la capitale d'Haïti
un salon du livre de deux semaines, à qui on
avait donné le nom de "Livres en
folie". Sur les 500 livres d'auteurs
haïtiens qui étaient présentés lors du salon,
il y en avait une vingtaine en kreyòl, ceci dans
le cadre de la campagne insistante que mène la
France pour célébrer la francophonie dans ses
anciennes colonies. A Haïti cela se passe
relativement bien, mais au détriment direct de
la créolophonie.
En
réponse à l'attitude de cette minorité
haïtienne, j'ai créé sur mon site web Windows on
Haiti deux forums de discussion
exclusivement en kreyòl. Le premier forum
regroupe des discussions générales sur toutes
sortes de sujets, mais en fait ces discussions
concernent principalement les problèmes
socio-politiques qui agitent Haïti. Le deuxième
forum est uniquement réservé aux débats sur
les normes d'écriture du kreyòl. Ces débats
sont assez animés et une certain nombre
d'experts linguistiques y participent. Le
caractère exceptionnel de ces forums est qu'ils
ne sont pas académiques. Je n'ai trouvé nulle
part ailleurs sur l'internet un échange aussi
spontané et aussi libre entre des experts et le
grand public pour débattre dans une langue
donnée des mérites et des normes de la même
langue.
Utilisez-vous
encore beaucoup de documents papier ?
Aussi
peu que possible, mais cela représente encore
beaucoup de papier. Si je vois un document que je
souhaite conserver en tant que document de
référence, je l'imprime systématiquement et je
le catalogue. Il peut ne pas être disponible
quand je suis en déplacement. Mais quand je suis
dans mon bureau à la maison, j'aime savoir que
je peux y avoir accès d'une manière physique,
sans devoir me fier seulement à une sauvegarde
électronique, au bon fonctionnement du système
d'exploitation, et à mon fournisseur d'accès
internet. De ce fait, pour ce que je considère
utile de conserver, les documents sont souvent en
double exemplaire, imprimé et numérique. Le
papier joue donc encore un rôle important dans
ma vie.
Quelle
est votre opinion sur le livre
électronique ?
Désolé,
je ne l'ai pas encore utilisé. Pour le moment,
il m'apparaît comme un instrument très
étrange, rendu possible grâce à la
technologie, mais pour lequel il n'y aura pas de
demande importante, hormis peut-être pour les
textes de référence classiques. Cette
technologie pourrait être utile pour les manuels
des lycées et collèges, grâce à quoi les
cartables seraient beaucoup plus légers. Mais
pour le simple plaisir de la lecture, j'imagine
difficilement qu'il soit possible de passer un
moment agréable avec un bon livre électronique.
Comment
définissez-vous le cyberespace ?
Le
cyberespace est au sens propre une nouvelle
frontière pour l'humanité, un endroit où
chacun peut avoir sa place, assez facilement et
avec peu de ressources financières, avant que
les règlements inter-gouvernementaux et les
impôts ne l'investissent. Suite à quoi une
nouvelle technologie lui succédera.
Pour
contacter Guy Antoine :
GuyAntoine@WindowsonHaiti.com
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